Le gouvernement de Mark Carney annonçait en avril dernier la mise en place d’un groupe de travail chargé d'une mission qui aurait semblé farfelue il y a quelques années : attribuer une valeur monétaire à la nature. Cette idée, qui ne fait déjà pas l'unanimité chez les environnementalistes et les économistes, pourrait bientôt s'inviter dans les débats du milieu agricole.
Chiffrer la nature
Actuellement, nos systèmes comptables reconnaissent mal la valeur des services rendus gratuitement par la nature. Une haie brise-vent qui occupe une partie d'un champ apparaît sur nos états financiers comme une perte de superficie cultivable. Un milieu humide est perçu comme une contrainte plutôt qu'un atout. Pourtant, ces éléments filtrent l'eau, protègent les sols et absorbent du carbone. Puisque les actifs naturels tels que les forêts ou les rivières sont pratiquement invisibles dans les bilans financiers, l’argent investi en conservation est comptabilisé comme une dépense. C'est de ce constat qu'est née l'idée d'attribuer une valeur monétaire aux services rendus par la nature.
Sans surprise, c’est une approche qui est loin de faire l’unanimité. Alors que certains soutiennent qu'il est absurde de mettre une étiquette de prix sur quelque chose dont la valeur est inestimable, d'autres répliquent que ce qui n'a pas de valeur numérique finit souvent par être ignoré dans les décisions économiques.
Quels impacts sur les agriculteurs et agricultrices?
Bien que ce dossier soit encore en pleine évolution et que l’approche reste à définir, la méthode comptable retenue par le groupe d’experts pourrait avoir des répercussions importantes sur la communauté agricole. C'est là que se trouve le nœud de la question : alors que certaines approches cherchent à estimer la valeur économique des services rendus par la nature, d’autres évaluent plutôt le coût nécessaire à leur maintien ou à leur restauration.
Tout particulièrement pour les agriculteurs et agricultrices de l’Est du Canada, où les fermes cohabitent avec une grande diversité d’écosystèmes, le débat mérite donc d'être suivi de près, puisque cette réforme pourrait redéfinir la façon dont on mesure la richesse et la viabilité financière d’une ferme. Elle pourrait ouvrir la porte à de nouvelles sources de revenus pour ceux et celles qui prennent soin du territoire, ou au contraire, ajouter un nouveau fardeau administratif et financier.







