La situation européenne présente de fortes similitudes avec la nôtre à certains égards. Elle se caractérise par une population agricole vieillissante, avec un âge moyen des exploitants agricoles d’environ 57 ans, et seulement 12 % des exploitants ayant moins de 40 ans. Comme au Québec, un grand nombre d’exploitations agricoles se dirigent vers un transfert de propriété, exposant les terres à l’accaparement par des acteurs non agricoles. Protéger la vocation agricole des terres n’est pas une tâche facile, ici comme ailleurs…
En Allemagne, face à ces mêmes défis que nous connaissons trop bien, des initiatives ont vu le jour, spécialement orientées vers l’achat de terres agricoles auprès des exploitants souhaitant prendre leur retraite. Leur objectif est de maintenir ces terres entre les mains d’agriculteurs et d’agricultrices, en particulier celles de la relève, tout en offrant aux exploitants plus âgés une sortie honorable de leur profession. Pour ce faire, ces regroupements achètent les terres agricoles des exploitants prêts à la retraite, puis les proposent en location, sous forme de baux à long terme, aux agriculteurs et agricultrices en devenir, garantissant ainsi la préservation de leur vocation agricole.
Il existe de nombreuses associations et initiatives à travers le pays qui suivent ce modèle, avec des structures juridiques et organisationnelles variées. Souvent issues de l’initiative citoyenne, ces structures prennent différentes formes, telles que des sociétés par actions, des fondations ou des organisations à but non lucratif. Elles adoptent généralement une approche souple et diversifiée en matière de financement, reposant souvent sur un mélange d’investissements citoyens, de dons et de subventions.
Au Québec, des fiducies d’utilité sociale agricole (FUSA) émergent avec la même ambition : soustraire les terres à la spéculation pour les protéger à perpétuité. Cependant, leur déploiement reste plus timide qu’en Allemagne. Ce retard s’explique en partie par un cadre fiscal rigide qui n'encourage pas suffisamment le don ou la vente à rabais de terres, ainsi que par une complexité législative alourdissant la création de ces structures citoyennes. Rêvons un peu… ne serait-il pas stimulant de voir fleurir, ici aussi, une multitude de projets et d’approches dédiés à la protection de la vocation agricole, et portés par une vague de citoyens engagés?







